ABeilles. Certification. Que souhaitons-nous réellement ?

En modifiant l'ordre naturel des choses, nous nous engageons à assumer pleinement les conséquences de nos actes. J'ai essayé durant toutes ces années de pratiquer mon métier avec conscience et respect. Je me suis enrichi d'un certain apprentissage et m'en suis libéré. Aujourd'hui, rien n'a changé, ni même ma relation à autrui fondée sur la confiance. Maintenant, si cette confiance était remise en question par un consommateur exigeant une certification octroyée par quelques organismes commerciaux qu'adviendrait-il des valeurs éducatives ? Si nous ne pouvons plus accorder notre confiance à ce paysan, celui que l'on connaît, est-il possible de l'accorder à un groupe de personnes inconnues dont les intérêts ne sont pas très lisibles ? J'ai refusé des normes qui n'offrent que des points de vue restrictifs — restrictifs aux sens où sous couvert de sécurité, sont exclus du circuit ceux ne voulant pas se plier aux exigences de quelques firmes, et ce, même si le travail est pratiqué sérieusement ; restrictifs car l'objectif semble être une standardisation des moyens de productions intensifs, favorisant ainsi les grosses structures au détriment des petites. Ces normes qui n'autorisent aucune place à la différence et dont les enjeux sont différents des miens.

INTERAPI une interprofession autoritaire ?

Le temps manque aujourd'hui. Nous n'avons plus de temps. Plus le temps de nous poser, de penser, de construire, de vivre, de lire ou d'aimer. Nous devons continuellement aller au delà de nos possibilités afin ne pas être submergés par les flots continus des contraintes inutiles, induites par un modèle unique référent. Nous suivons un idéal de pensées imposé par les filières économiques de toutes sortes, les politiques communes. Nous regardons les mêmes choses, écoutons les mêmes discours, cultivons les mêmes légumes, mangeons de la même manière les mêmes aliments, révêtons les mêmes habits, habitons les mêmes maisons, conduisons les mêmes véhicules, communiquons selon les mêmes protocoles. Les magasins vendent partout les mêmes marchandises et sont agencés selon de similaires ordonnances. Pourtant, le regard est multiple. Il additionne les possibles. Il existe autant de façons de regarder qu'il y a de regards. Autant de certitudes en proie au doute d'un jour.

Vous arrive-t-il de vous poser la question des raisons motivées de nos actes ? Nous évoluons, nous nous tranformons sans cesse. Et, il peut arriver un jour que nous ne soyons plus du tout en phase avec nos pensées premières. Il peut arriver que le chemin emprunté modifie radicalement notre perception des choses, celle dont nous étions convaincus du bon fondement. Une réalité opposée alors nous compose. Cela nourrit une conscience et agît sur nos décisions. Tous autant que nous sommes dans nos identités respectives, scientifique, politique, universitaire, enseignant, médecin, chercheur, notaire, avocat, pilote, informaticien, ouvrier, garagiste, manutentionnaire, artisan, commerçant, paysan ou simplement sans appartenance, chacun au titre choisi devant accomplir une œuvre. Un projet de vie. L'intime contribution personnelle qui est la mienne s'éteint doucement aujourd'hui et le titre obtenu il y a bien longtemps devrait raisonnablement être rendu à la face d'une profession qui ne respecte pas le vivant. Il arrive que nous apprenions à désapprendre, jusqu'à ne plus être. Faut-il être lasse de percevoir les incohérences décisionnelles des politiques pour décider de ne plus prendre part au jeu des réalités convaincues ?

Une infime partie du vivant s'est fondée sur la symétrie. Une face à droite. Une face à gauche. Un axe miroitant scinde les organismes en une forme de dualité. Une droite. Une gauche. Une ambivalence d'organisations opposées. Ce qu'elle discerne bien maladroitement intègre deux perceptions complémentaires et nécessaires. Cette partie du vivant est peut-être sujette au délicat choix de sa nature fondamentalement divergente ? En cette nature bipolaire, comment résoudre l'équation somme toute insolvable d'une parfaite alliance ? C'est peut-être à ce niveau que nous retrouvons la source des maux des uns et des autres. L'humanité s'est composée depuis des millénaires dans des formes archaïques antinomiques. Quoi qu'elle fasse, l'hostilité d'une distinction entre deux parties est en œuvre. Une division. Il y aura toujours une discordance entre les membres de l'espèce. À cela nous ne pouvons rien changer. C'est une équation inconsciente d'une composante universelle. Pourtant, il semble évident que chaque être ait une place au sein de la vie. Quelle que soit la couleur de ses idées. Chaque être dans sa complétude intègre une forme de pensée nécessaire à l'objectivité collective. N'est-ce pas dans l'adversité que s'enrichit de points de vue une pensée ? L'inverse pourtant se produit en instaurant une unicité doctrinale. Un dictat. Qu'une partie de cette humanité regroupe un plus grand nombre d'individus ayant des intérêts communs, donne-t-il un droit à ces êtres d'avoir une quelconque autorité, une prévalence de pensée sur le reste du groupe ? Que pourrait justifier qu'une partie soit plus légitime qu'une autre ? Quel individu ou quel groupe d'individus peut se prévaloir de posséder la justesse d'une vérité ? Qui peut prétendre agir au nom du bien commun ? Quelle autorité ?

En février dernier, les exploitants apicoles étaient informés par la MSA (Mutualité Sociale Agricole) de l'arrivée d'un nouveau partenaire au sein de la filière [1]. C'est une association loi 1901 qui fût créée en 2018, suite au discours prononcé dans le cadre des États Généraux de l’Alimentation par le Président de la République. Ce dernier annonçant que « seules les filières agricoles disposant d’un plan de filière porté par les interprofessions [2] seraient accompagnées et soutenues financièrement. » [source SNA] La mission de cette association est « d'organiser le dialogue interprofessionnel et de représenter les intérêts de la filière apicole. » [source UNAF] « Elle regroupe treize organisations professionnelles membres réparties en un collège production et un collège commercialisation. » [cf. liste : source UNAF] Elle bénéficie d'une reconnaissance en qualité d'organisation interprofessionnelle « au sens de l’article 157 du règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 susvisé dans le secteur des produits de la ruche » [source SNA] dont l'encadrement permet à l'interprofession INTERAPI après accord, d'instaurer une collecte de fonds pour financer des actions liées à deux collèges : production et commercialisation. Pour l'amont, une cotisation annuelle de 160€ sera prélevée auprès de tous les exploitants apicoles AMEXA et 60€ auprès des cotisants solidaires.

Quelques actions Collège Production [source SNA]

Avec notamment des actions déjà mises en place :

Quelques actions Collège Commercialisation [source SNA]

Avec notamment des actions déjà mises en place :

Quelques actions générales [source SNA]

« INTERAPI adaptera également son action en fonction des actualités de la filière et reste à l’écoute des acteurs économiques via les structures membres d’InterApi […] » [source SNA]

Plusieurs questions apparaissent :

En tout lieu, en toute époque, des pensées contraires sont toujours en confrontation. Qui peut alors se prévaloir d'agir pour l'intérêt commun ?

Est-il envisageable aujourd'hui, dans le contexte actuel de crises environnementale, sanitaire et économique de penser faire perdurer voire accroître un modèle productiviste ?

Si la politique actuelle vise à valoriser l'image de l'apiculture auprès du consommateur :

Pourquoi accentuer le modèle de production intensive en poussant les consommateurs à consommer davantage alors que la tendance s'oriente au contraire vers une gestion plus régulée de la consommation ?

Pour quelle raison le pôle production devrait-il être plus performant pour produire davantage alors que les stocks de miel français ne sont pas écoulés ?

Si la politique envisagée est d'informer le consommateur pour l'orienter vers une consommation de miels français, pourquoi y a-t-il autant d'importation de miels d'autres pays ?

Est-il possible d'imaginer que le consommateur serait disposé à augmenter sa consommation, si demain l'information venait à circuler que les plus grosses exploitations apicoles en France comprennent plusieurs milliers de ruches, que les abeilles sont exploitées comme des Holsteins, nourries, traitées, transhumées, traumatisées par des opérations apicoles, notamment les Reines instrumentalisées par des inséminations artificielles et tuées au bout de deux ans lorsque le chapelet d'ovules est insuffisamment fécondé par le nombre de spermatozoïdes restant suite aux techniques intensives de production, augmentant ainsi dangeureusement la ponte jusqu'à épuisement et provoquant immanquablement une diminution de leur durée de vie de cinq ans à deux ans ? Si l'information venait à circuler que l'apiculture en générale et Française de surcroît contribue par ces pratiques productivistes à la disparition des souches d'abeilles domestiques et sauvages, implantées dans les milieux naturels depuis des milliers d'années, est-il possible d'imaginer que le consommateur augmenterait ses habitudes alimentaires concernant les produits de la ruche ?

Chaque colonie implantée sur un territoire butine dans un rayon de plus ou moins trois kilomètres. Un cercle dont le centre inscrit la colonie. Si au point de cet épicentre est implanté des dizaines voire des centaines de colonies alors les ressources nectarifères et pollinifères sont divisées par le nombre de colonies installées artificiellement en ce lieu. Ce sont alors plusieurs millions d'abeilles qui se retrouvent en concurrence entre elles notamment durant les périodes fréquentes de disette et participent de fait au déclin des autres insectes pollinisateurs — sans compter la propagation des maladies et des parasites.

Quatre-vingt pour cent des insectes volants ont disparu de la surface du globe — comprenant les insectes pollinisateurs mouches, papillons, etc. [3] Soixante pour cent des espèces animales sont éteintes pour toujours [source Arte, France Culture, diverses revues et livres scientifiques].

Est-il possible d'imaginer qu'en hybridant des souches natives avec des abeilles exotiques afin d'obtenir des colonies productives et en répliquant intensément ces abeilles non adaptées aux écosystèmes, assistées par des tuteurs que sont les nourrissements et les traitements, impliquant de fait par la propagation une dilution jusqu'à disparition des espèces indigènes (c'est-à-dire originaire du Pays), est-il possible d'imaginer que certains apiculteurs, entomologistes, naturalistes et autres passionnés puissent cautionner ces pratiques ? [cf. polémique sur la conservation de l'abeille noire, notamment avant dernier point des actions du collège production]

Est-il possible d'imaginer que les consommateurs seraient garants de ces coutumes inconscientes ? Une voix semble s'élever : Il faut bien nourrir la planète ! Vraiment ? Jusqu'à aujourd'hui quelle institution, quel organisme a obligé un producteur à produire ? Il appartient à chacun d'orienter son mode de production vers une culture intensive ou pas. Si il existe en ce Monde, des apiculteurs ayant des milliers de ruches ou des agriculteurs ayant des milliers d'hectares à cultiver, c'est avant tout des actes personnels pour servir des propres intérêts. Que chacun y trouve son compte.

Enfin, est-il vraiment possible d'imaginer que le modèle productiviste instauré par une explosion démographique depuis un siècle puisse se poursuivre éternellement ? Nous sommes passés en quelques décennies d'un milliard et demi d'individus à l'aube du XXe à près de huit milliards à la date de ce jour [source ined.fr] [4]. Les zones urbanisées, bétonnées ont suivi la courbe exponentielle des vivants humains ; au minimum, ces zones se sont multipliées par sept. Les liaisons interurbaines ont augmenté également de façons significatives. Milieux urbains bétonnés et liaisons interurbaines (routes, autoroutes, voies ferrées, aéroports, etc.) bétonnées également réduisent de fait les zones naturelles. Et l'humanité à nourrir ? Aux abords des villes, les champs accueillent les cultures partout en Europe et dans le Monde. Des monocultures hybrides, OGM, hautement traitées avec des pesticides où aujourd'hui, chardons, coquelicots, bleuets et toute plante adventice sont bannies de leurs espaces naturels. En pointant ce qui se vend dans les GMS (Grandes & Moyennes Surfaces), on observe que les céréales sont loin devant toute production agricole : pains, pâtisseries, viennoiseries, gâteaux secs, farines, céréales du petit déjeuner, etc. Indirectement produites également pour le nourrissement des animaux pour la production de viandes, de produits laitiers, d'œufs. Les cultures céréalières sont majoritaires : le blé principalement. Un autre rayon important de la consommation humaine est l'alcool. Depuis l'antiquité les cultures viticoles assainissent le paysage Européen et Mondiale. Des millions d'hectares dévisagées de toute biodiversité. Et pour finir, un dernier exemple de culture démesurée non prise en compte dans l'alimentation humaine, la sylviculture. Une production de bois échappant à la raison pour la fabrication des maisons, pour les charpentes, pour les meubles, pour les planchers, pour le bois de chauffage, pour le papier hygiénique, les essuies-tout, les livres, les emballages alimentaires, les cartons, etc. La forêt des Landes de Gascogne en est la plus digne représentante. Juste ces trois grandes monocultures que sont les céréales, la vigne et les pins/sapins défoncent le territoire et réduisent les zones naturelles à peau de chagrin où la diversité florale permettait d'ensemencer la vie. Chaque espèce, chaque être vivant, chaque être pensant possédait un droit d'existence : une place, toute une place, juste une place. Cultures céréalières, cultures viticoles, cultures sylvicoles sont de l'ordre des gymnospermes [5], c'est-à-dire de plantes pollinisées par le vent et non par les insectes. Nous semons le vent. Nous humains, par notre présence, par nos modes de consommations sommes responsables pour une partie non négligeable de la disparition des abeilles. Nous sommes responsables de la disparition des espaces naturels, des plantes qui composent ces milieux et de la faune qui en dépend. Nous sommes tous responsables par nos actes et nos modes de consommations du déclin des espèces vivantes. Ces questions devraient être en tête de liste des préoccupations environnementales au lieu d'élaborer des idées bassement matérielles du genre « comment récolter des fonds pour instaurer un système de production, de commercialisation et de contrôle » où le libre arbitre est anéanti, où la richesse de la diversité est abolie. Arrêtons s'il vous plaît.

Cela semble étonnant qu'il puisse encore être imaginé fédérer des gens en imposant ou pour reprendre un terme employé et courant à l'heure actuelle, en instaurant sans appel un système directif et productiviste. Possible que ce soit justement l'inverse qui se produira. Nous sommes plusieurs à le souhaiter.

[1] « Une filière désigne couramment l'ensemble des activités complémentaires qui concourent, d'amont en aval, à la réalisation d'un produit fini […] » [source https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1734]
[2] « Une interprofession est le regroupement de plusieurs acteurs économiques engagés dans une filière de production et/ou de commercialisation commune et a comme objectif d’agir pour l’intérêt commun de l’ensemble de ses membres. » [source https://fr.wikipedia.org/wiki/Interprofession]
[3] https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-lundi-27-novembre-2017
[4] Institut National d'Études Démographiques https://www.ined.fr/
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gymnosperme

Site INTERAPI http://www.interapi.fr/ o
Site SNA https://www.snapiculture.com/interapi/ o
Facicule UNAF https://www.unaf-apiculture.info/IMG/pdf/interapi_en_bref.pdf o
Note ADA Conservatoire https://www.unaf-apiculture.info/IMG/pdf/201903_note_ada_conservatoires_aveclogos-v1.pdf o
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